Bordeaux est devenue en quelques années l’une des villes françaises les plus favorables aux cyclistes. Un titre qui paraissait pourtant improbable encore il y a peu de temps. Bloquée par la circulation automobile et peu adaptée à la pratique du vélo, la ville girondine a opéré un changement radical tant dans sa voirie que dans ses habitudes de déplacements.
Les politiques et infrastructures cyclables à Bordeaux
En quelques années, Bordeaux a engagé une véritable mue de son espace public afin d’accompagner le développement de l’usage du vélo.
Avec son troisième plan vélo lancé en novembre 2021, Bordeaux Métropole a ainsi considérablement investi dans les infrastructures et services dédiés au vélo. Ce sont aujourd’hui plus de 1182 kilomètres d’aménagements cyclables qui permettent aux usagers de circuler en toute sécurité et avec confortet sur un réseau fluide. Souvent séparées du trafic automobile, ces pistes réduisent le risque d’accident et offrent une expérience de conduite agréable.
Parmi les réalisations emblématiques figurent la super piste cyclable inaugurée en 2019 ou encore des aménagements innovants tels que les vélorues ou les contresens cyclistes. A cela s’ajoute la mise en place de zones à trafic limité où la vitesse des voitures est régulée. Les infrastructures ne se limitent pas aux aménagements routiers : le nombre d’espaces de stationnement pour vélos a également été multiplié facilitant la vie quotidienne des cyclistes.
Mais comme l’explique Etienne Rocheron, responsable du développement du vélo au sein de Bordeaux Métropole, cette politique ne s’arrête pas là : « De nombreuses actions sont menées simultanément afin que l’infrastructure soit accompagnée d’un volet communication/sensibilisation essentiel à la réussite de ce type de projet. »
Ainsi les habitants ont été incités à utiliser le vélo au quotidien lors d’une campagne de communication active.Dans ce cadre, Bordeaux a également développé une signalétique dédiée aux vélos et mis en place des services de location. Le V³ (Vélo Ville de Bordeaux) qui comprend le vélo Pibal, intégrée à la flotte gratuite et accessible à tous permettant d’emprunter un vélo facilement et sans débourser plus d’un euro symbolique pour les locations longues durées.Cette approche globale permet aujourd’hui aux bordelais de disposer d’une culture du vélo où ils voient aujourd’hui ce moyen écologique autant que pratique voire économique.
La municipalité, également très engagée dans la révolution du vélo, a su s’entourer de partenaires locaux en impliquant les entreprises pour favoriser l’usage du vélo. Des subventions sont accordées aux salariés qui viennent travailler à vélo, des événements comme des ateliers de réparation ou des courses en faveur du vélo sont organisés pour créer une communauté et un sentiment d’appartenance chez les cyclistes. La création des maisons locales des mobilités a par ailleurs été déterminante pour accompagner le développement des initiatives en faveur de la promotion du vélo comme mode de transport. Cette réussite est avant tout le fruit d’une mobilisation exemplaire et pérenne des acteurs publics et privés. Résultat : Bordeaux figure désormais au 8ème rang mondial selon le Copenhagenize Index même si de nombreux enjeux demeurent tels que la sécurité et le partage de la route.
Quels ont été les impacts sociaux et économiques de cette révolution cycliste ?
L’arrivée d’une ville plus cyclable a eu des répercussions notables sur la société bordelaise.
D’abord, il y a la bonne qualité de l’air qui s’est installée grâce à la baisse drastique du nombre de véhicules motorisés en circulation. Moins de voitures, c’est moins d’émissions polluantes et donc un impact direct sur la santé des habitants.
Par ailleurs, l’essor du vélo — +50% depuis 2014 — a également favorisé un style de vie plus actif et plus sain avec une baisse significative des maladies dues au manque d’activité physique. Aujourd’hui, 13% des Bordelais utilisent le vélo comme principal moyen de transport, soit environ 80 000 personnes par jour.
L’effet économique est tout aussi important. La révolution cycliste est synonyme d’activité locale renforcée. Les commerces positionnés le long des pistes cyclables ont vu leur affluence augmenter car les cyclistes sont plus enclins à s’arrêter pour consommer et à acheter sur le coup. En parallèle, l’économie du vélo a également pris son envol avec l’apparition de magasins spécialisés dans la vente de cycles, d’ateliers réparateurs ou encore de services de location. De nouveaux emplois ont été créés et l’économie locale s’est dynamisée. De manière générale, la transition vers le vélo a également été une réponse à l’envolée des prix des carburants. Ce contexte global renforce encore davantage l’importance de faire de Bordeaux une ville cyclable pour une mobilité durable et une qualité de vie en milieu urbain.
Enfin, au-delà des impacts visibles sur notre santé ou notre porte-monnaie, la promotion du vélo comme mode principal de déplacement a permis également d’aller vers une plus grande cohésion sociale. Les espaces urbains se sont humanisés, les interactions entre les habitants se sont multipliées… Les pistes cyclables se sont transformées en lieux de rencontres, d’échanges et de partages et ont permis de créer un sentiment d’appartenance à une communauté bordelaise. Une dimension sociale clé pour comprendre le succès indéniable du développement cyclable à Bordeaux où on vise une part modale vélo de 32% d’ici 2030.

Les défis à relever pour l’avenir du vélo à Bordeaux
Après avoir connu de réels succès, Bordeaux est aujourd’hui confronté à de nouveaux enjeux si elle veut maintenir et développer son réseau cyclable.
Tout d’abord, l’entretien des infrastructures existantes, indispensable pour assurer sécurité et confort aux usagers, reste un défi à relever.
Ensuite, la ville doit poursuivre l’extension de son réseau afin de desservir les zones périphériques et les nouvelles zones d’habitat, pour que le vélo soit accessible à tous les Bordelais. Des investissements sont nécessaires pour améliorer la sécurité et la capacité des pistes cyclables.
Enfin, la cohabitation entre cyclistes, piétons et automobilistes constitue un autre enjeu majeur. La sensibilisation de chacun reste nécessaire, afin de construire une culture du respect et du partage de la route. Pour ce faire, plusieurs actions peuvent être envisagées : des formations dispensées aux usagers du vélo sur les règles de circulation, des campagnes visant à sensibiliser les automobilistes au respect des cyclistes… Des événements comme “Cyclab” permettent d’impliquer les citoyens dans ces démarches et de promouvoir les règles de sécurité ainsi que les avantages des mobilités actives.
Pour mieux appréhender ces enjeux, Bordeaux pourrait envisager plusieurs actions concrètes :
- Mettre en place des ateliers pratiques d’éducation à la sécurité routière à destination des jeunes cyclistes dans les établissements scolaires.
- Lancer des dispositifs de vélos électriques en libre-service accessibles à tous.
- Assurer un suivi régulier de l’état des aménagements cyclables par une équipe dédiée.
- Créer des événements festifs et communautaires autour de la pratique du vélo : balades collectives, forums participatifs…
- Améliorer la signalisation et l’éclairage des pistes cyclables pour renforcer leur visibilité.
A long terme, Bordeaux souhaite aller encore plus loin dans son développement comme ville cyclable et intégrera des technologies innovantes dans ses projets. Des projets pilotes sont déjà à l’étude : installation de feux de signalisation intelligents, systèmes de détection de vélos au feu pour améliorer la fluidité du trafic et assurer davantage sécurité. Parallèlement, la ville explore différentes solutions pour inciter les usagers à utiliser le vélo électrique, solution alternative séduisante pour parcourir de plus longues distances ou à destination des personnes réticentes à emprunter un vélo « classique ».
Enfin, la réussite future de la politique cyclable sur le long terme passe nécessairement par la participation citoyenne. En impliquant les habitants dans le processus décisionnel et en tenant compte de leurs remontées, Bordeaux pourra s’assurer que les futurs aménagements répondront bel et bien aux attentes et besoins réels de ses usagers. C’est donc tout naturellement que dans cette démarche inclusive et collaborative, la ville est prête à relever tous les défis pour continuer d’être un modèle du genre et prospérer durablement.